1. Qu’est-ce que le bêta-carotène ?
Le bêta-carotène est un pigment végétal orange-rouge présent dans des aliments comme les carottes, les patates douces, le potiron, les épinards, le chou kale et d’autres légumes à feuilles. Il fait partie d’une famille plus large appelée caroténoïdes, qui comprend aussi la lutéine et le lycopène. Pour une vue d’ensemble plus large sur l’alimentation et les nutriments, consultez notre guide sur ce qu’est le bêta-carotène.
C’est aussi un caroténoïde « provitamine A », ce qui signifie que l’organisme peut en convertir une partie en vitamine A lorsque c’est nécessaire. Cette conversion varie beaucoup d’une personne à l’autre, en partie à cause de la génétique. Le bêta-carotène alimentaire n’est pas absorbé de la même manière que celui des compléments; selon le NIH, 1 microgramme d’équivalent d’activité du rétinol correspond à 2 microgrammes de bêta-carotène provenant de compléments ou à 12 microgrammes de bêta-carotène provenant de l’alimentation.
Pour la peau, l’intérêt ne concerne pas seulement la vitamine A. Le bêta-carotène peut s’accumuler dans les couches externes de la peau. Avec le temps, cela peut légèrement modifier la façon dont la peau réagit au soleil.
2. Comment il pourrait agir sur la peau exposée au soleil
Le rayonnement UV génère des espèces réactives de l’oxygène — des molécules instables capables d’endommager les lipides, les protéines et l’ADN. Le bêta-carotène peut neutraliser l’oxygène singulet, un type d’espèce réactive de l’oxygène, et peut aider à réduire une partie du stress oxydatif qui suit l’exposition aux UV.
Cela ne signifie pas qu’il bloque les rayons UV. L’écran solaire, les vêtements, l’ombre et le fait d’éviter les heures les plus ensoleillées réduisent d’abord la quantité de rayonnement qui atteint la peau. Le bêta-carotène agit de l’intérieur, et tout effet dépend de réserves qui s’accumulent dans les tissus. Ce type de soutien de l’intérieur est souvent appelé photoprotection orale, et son rythme n’a rien à voir avec l’application d’un écran solaire avant de sortir.
Cet effet probable n’est pas propre au bêta-carotène. Dans certaines études, des caroténoïdes mixtes ont obtenu des résultats comparables aux formules contenant uniquement du bêta-carotène, et des associations avec la vitamine E ont parfois semblé plus efficaces que les caroténoïdes seuls. Cela suggère que l’alimentation dans son ensemble — et peut-être d’autres caroténoïdes étudiés pour la peau, comme l’astaxanthine — peuvent influencer les niveaux de caroténoïdes cutanés.
3. Ce que montrent les données
Le signal le plus clair est une réduction de l’érythème induit par les UV, c’est-à-dire la rougeur qui apparaît après une exposition contrôlée aux UV. Une méta-analyse de sept études de supplémentation contrôlées par placebo a trouvé un effet protecteur significatif, avec un schéma temporel clair. La protection apparaissait généralement après environ 10 semaines, et le bénéfice estimé augmentait avec une utilisation plus longue. Même dans ce cas, les auteurs ont qualifié la protection de modeste, avec un SPF maximal d’environ 4.
Apparition lente : Les bénéfices apparaissaient généralement après environ 10 semaines.
Effet modeste : La protection maximale estimée correspondait à un SPF d’environ 4.
Limites importantes : Les études mesurent surtout des rougeurs en laboratoire, pas des coups de soleil dans la vie réelle.
Plusieurs essais suivent ce schéma :
- Dans un essai de 12 semaines chez des adultes à peau claire, 24 mg par jour de bêta-carotène ou une formule de caroténoïdes mixtes contenant du bêta-carotène, de la lutéine et du lycopène ont réduit les rougeurs après exposition aux UV au bout de 12 semaines.
- Une autre étude de 12 semaines a montré que 25 mg par jour de caroténoïdes totaux réduisaient l’érythème induit par les UV, et que le groupe caroténoïdes + vitamine E semblait faire mieux que les caroténoïdes seuls.
- Un essai plus long, sur 24 semaines, utilisant des caroténoïdes par voie orale, a rapporté moins de rougeurs après un rayonnement solaire simulé, les résumés faisant état d’une hausse de la dose érythémale minimale en fin de traitement.
Les études négatives sont tout aussi utiles pour comprendre les limites. Une dose unique de 120 mg n’a pas protégé contre une réaction de coup de soleil. Et 90 mg par jour pendant 23 jours non plus, même si les taux de bêta-carotène ont augmenté dans le sang et la peau. Dans un autre essai, 15 mg par jour pendant 8 semaines n’ont pas produit d’amélioration convaincante des marqueurs de stress oxydatif liés aux UV ni des rougeurs.
Dans l’ensemble, les données suggèrent que la durée compte davantage qu’une forte dose prise juste avant l’exposition au soleil. Les réserves cutanées de caroténoïdes semblent se constituer lentement.
Note sur les sources : les essais chez l’humain, les revues et les évaluations de sécurité résumés ici figurent dans la section Références ci-dessous.
4. Le bêta-carotène aide-t-il la peau à récupérer après des dommages dus aux UV ?
La question de la récupération est moins claire que celle de la prévention. Des travaux plus récents sur les caroténoïdes examinent des marqueurs de stress oxydatif, des signaux inflammatoires et des enzymes liées à la dégradation du collagène après une exposition aux UV. Les revues suggèrent que les caroténoïdes peuvent influencer des marqueurs comme ICAM-1, HO-1, MMP-1 et MMP-9.
Mais les preuves directes selon lesquelles le bêta-carotène seul aide la peau à se réparer après des dommages dus aux UV sont limitées et mitigées. L’essai de 8 semaines sur le bêta-carotène qui mesurait le stress oxydatif induit par les UV n’a pas mis en évidence de photoprotection convaincante avec 15 mg par jour. La plupart des études positives mesurent le degré de rougeur de la peau après exposition aux UV, pas la vitesse à laquelle un vrai coup de soleil guérit, l’ampleur de la réparation des dommages à l’ADN, ni une amélioration des effets du vieillissement cutané. D’autres nutriments étudiés dans la peau endommagée par le soleil, comme le nicotinamide, soulèvent eux aussi des questions quant au niveau de preuve et ne doivent pas non plus être considérés comme un substitut à la protection solaire.
La réponse honnête est donc la suivante : le bêta-carotène peut légèrement réduire l’intensité des rougeurs déclenchées par les UV après une prise prolongée, mais il ne faut pas le considérer comme une aide fiable pour récupérer après un excès de soleil.
5. Dose, durée, alimentation et risque individuel
Dans les essais cutanés, les protocoles de supplémentation les plus convaincants étaient généralement de 24 à 25 mg par jour pendant 12 semaines ou plus. Les durées plus courtes ont été moins convaincantes. Des protocoles plus longs et à dose plus élevée ont montré des effets dans certaines études, mais plus n’est pas forcément mieux, surtout au vu des préoccupations de sécurité.
L’alimentation est le point de départ le plus sûr. Les caroténoïdes alimentaires habituels semblent s’accumuler dans la peau, et de petites études observationnelles associent des niveaux cutanés plus élevés à un teint plus jaune et à une moindre photosensibilité aux UV. Manger des aliments riches en caroténoïdes au cours d’un repas contenant un peu de matières grasses peut favoriser l’absorption, car les caroténoïdes sont liposolubles.
La réponse individuelle peut varier. La plupart des essais cutanés ont été menés chez des adultes en bonne santé à peau claire, souvent de phototype II de Fitzpatrick. Cela limite ce que l’on peut conclure pour les peaux plus foncées, les personnes ayant des affections photosensibles, celles qui prennent des médicaments photosensibilisants ou celles ayant des antécédents de cancer de la peau.
6. Sécurité
Le bêta-carotène alimentaire est généralement considéré comme sûr. Un apport très élevé en caroténoïdes peut colorer les paumes, les plantes des pieds ou le visage en jaune orangé, une affection sans danger appelée caroténodermie qui s’estompe quand l’apport diminue.
Avec les compléments, la situation est différente. De grands essais ont mis en évidence des effets nocifs graves du bêta-carotène à forte dose chez les personnes présentant un risque plus élevé de cancer du poumon. Dans l’essai ATBC, les hommes fumeurs prenant 20 mg par jour avaient une incidence plus élevée de cancer du poumon et une mortalité globale plus élevée. L’essai CARET, qui utilisait du bêta-carotène plus du rétinol chez des fumeurs et des personnes exposées à l’amiante, a lui aussi trouvé une augmentation du risque de cancer du poumon et de la mortalité. Les documents récents de sécurité de l’EFSA indiquent que les fumeurs devraient éviter les compléments alimentaires contenant du bêta-carotène.
Le bêta-carotène a également échoué comme stratégie de prévention du cancer de la peau. Chez des personnes ayant déjà eu un cancer de la peau autre qu’un mélanome, le bêta-carotène à long terme n’a pas réduit les nouveaux cancers basocellulaires ni spinocellulaires. L’essai Nambour n’a de même pas trouvé de prévention significative de nouveaux cancers de la peau grâce à une supplémentation en bêta-carotène.
Vérifiez aussi attentivement les étiquettes. Certains produits « peau » ou à base de vitamine A associent le bêta-carotène à de la vitamine A préformée, comme le rétinol ou le palmitate de rétinyle. La vitamine A préformée peut être toxique à forte dose. Si vous êtes enceinte, si vous essayez de concevoir, si vous prenez des rétinoïdes oraux comme l’isotrétinoïne ou l’acitrétine, si vous utilisez l’orlistat ou si vous prenez plusieurs produits contenant de la vitamine A, parlez-en à un professionnel de santé avant de prendre un complément.