1. Ce qu’on entend par « le soleil aide l’acné »
L’idée que le soleil « assèche » l’acné existe depuis longtemps, et il est facile de comprendre pourquoi. Après des vacances ou quelques jours de soleil, les rougeurs peuvent paraître moins marquées, la peau grasse sembler plus sèche pendant un temps, et un léger bronzage peut rendre les imperfections moins visibles.
Mais l’acné ne se résume pas à une peau humide ou grasse qu’il faudrait assécher. Elle implique des pores obstrués, le sébum, l’inflammation, une bactérie appelée Cutibacterium acnes, les hormones et la barrière cutanée. Une amélioration esthétique passagère ne signifie pas que le processus acnéique a été traité.
Les recommandations modernes sur l’acné reflètent cela. La recommandation de l’American Academy of Dermatology donne la priorité à des traitements comme le peroxyde de benzoyle, les rétinoïdes topiques, les antibiotiques lorsque cela est approprié, l’hormonothérapie et l’isotrétinoïne dans les cas sévères. Les recommandations du NICE n’abordent la thérapie photodynamique que dans certains cas chez l’adulte, lorsque les autres traitements sont inefficaces, mal tolérés ou inadaptés. Aucune des deux recommandations ne recommande l’exposition solaire ordinaire comme une prise en charge de l’acné fondée sur des preuves.
2. Pourquoi la lumière pourrait aider l’acné, en théorie
Il existe une explication biologique plausible au fait que la lumière puisse aider en cas d’acné : certaines longueurs d’onde visibles peuvent interagir avec des substances produites par C. acnes.
C. acnes Cette bactérie produit des composés appelés porphyrines. Lorsque ces porphyrines sont exposées à une lumière spécifique, surtout à la lumière bleue, elles peuvent déclencher des réactions qui endommagent la bactérie. C’est le principe de base des appareils anti-acné à lumière bleue et de certaines formes de thérapie photodynamique.
Ce n’est pas la même chose que de s’allonger au soleil. Les appareils médicaux ou esthétiques utilisent des longueurs d’onde sélectionnées, des doses contrôlées et des séances répétées selon un protocole. La lumière naturelle du soleil est un vaste mélange de lumière visible, de chaleur infrarouge, d’UVA et d’UVB. Quand le soleil sert de « traitement », il est impossible de séparer la part potentiellement utile de lumière visible de la part ultraviolette nocive.
La lumière rouge peut aussi avoir des effets anti-inflammatoires dans certaines études utilisant des appareils, et des approches combinant lumière rouge et bleue ont été testées. Mais là encore, ces données concernent une thérapie lumineuse contrôlée, pas une exposition plus forte aux UV en extérieur.
3. Ce que disent les preuves
La recherche est mitigée pour la thérapie lumineuse, et encore moins solide pour l’exposition solaire ordinaire. Une revue Cochrane a examiné 71 études sur les traitements de l’acné par la lumière et a conclu qu’on ne savait pas clairement si les thérapies lumineuses évaluées étaient supérieures au placebo, à l’absence de traitement ou à des comparateurs topiques. Les bénéfices restaient aussi incertains dans le temps.
Des revues plus récentes sur la thérapie par lumière visible sont plus encourageantes, surtout pour la lumière bleue, mais elles restent prudentes. Une revue sur la thérapie par lumière bleue a constaté que certains essais favorisaient la lumière bleue, mais que beaucoup d’études étaient petites, courtes et présentaient un risque élevé de biais. Une revue de 2024 sur la lumière visible a observé une diminution du nombre de lésions dans de nombreuses études, mais les études utilisaient des appareils, des longueurs d’onde et des protocoles différents.
Les recommandations ne préconisent pas l’exposition naturelle au soleil comme traitement de l’acné.
La recherche sur la thérapie par lumière visible est plus prometteuse que les bains de soleil, mais elle reste mitigée.
Les études observationnelles ne montrent pas de schéma fiable d’amélioration en été.
Pour l’exposition naturelle au soleil, les preuves ne sont pas convaincantes :
- Les recommandations en dermatologie ne préconisent pas l’exposition naturelle au soleil comme traitement de l’acné.
- Une revue narrative a conclu que le rayonnement solaire peut améliorer temporairement l’apparence des lésions, mais peut aussi déclencher une inflammation, aggraver la pigmentation ou les rougeurs post-acné et contribuer aux poussées.
- Les études observationnelles ne montrent pas de schéma fiable d’amélioration en été. Dans une étude portant sur 452 patients, davantage de personnes ont signalé une aggravation de l’acné en été qu’une amélioration, en invoquant souvent la transpiration et l’humidité.
- Dans une étude hospitalière sur l’acné de l’adulte, environ un quart des patients ont signalé une aggravation après une exposition au soleil, et une proportion similaire après avoir transpiré.
La synthèse la plus juste est la suivante : la lumière peut influencer la biologie de l’acné, mais la lumière du soleil est un moyen médiocre et risqué d’essayer d’exploiter cet effet.
Sources : American Academy of Dermatology; NICE; Cochrane; FDA; Organisation mondiale de la Santé.
4. Ce que les UV font à une peau à tendance acnéique
Le principal problème de l’utilisation du soleil contre l’acné est le rayonnement ultraviolet. Les UVA pénètrent plus profondément dans la peau et contribuent au bronzage, à la pigmentation et au vieillissement cutané. Les UVB sont plus fortement associés aux coups de soleil. Les deux peuvent endommager la peau.
Sur une peau à tendance acnéique, les UV peuvent provoquer plusieurs effets indésirables.
Premièrement, les UV peuvent oxyder le sébum. Le sébum contient du squalène, un composant lipidique naturel. L’exposition aux UVA peut transformer le squalène en produits oxydés, notamment en monohydroperoxydes de squalène. Ces lipides oxydés sont importants, car ils sont associés à l’obstruction des pores et à la biologie de l’ . .
acné inflammatoire
Deuxièmement, les UV ne « dessèchent » pas de façon fiable la production de sébum d’une manière utile. Dans une petite étude menée chez 13 patients atteints d’acné, les UVA comme les UVB ont augmenté les niveaux de sébum pendant les trois premiers jours après l’exposition avant de revenir vers leur niveau de départ. La même étude a aussi constaté des changements dans les signaux inflammatoires à l’intérieur des comédons.
Troisièmement, les UV peuvent perturber la barrière cutanée et augmenter les signaux inflammatoires. Une étude de laboratoire récente a montré que les UVA modifiaient la composition lipidique de type sébum, augmentaient les cytokines inflammatoires dans des modèles de sébocytes et altéraient la fonction de barrière dans des modèles de peau reconstruite.
Quatrièmement, les UV peuvent aggraver les marques laissées par l’acné. L’hyperpigmentation post-inflammatoire, c’est-à-dire les marques brunes qui restent après les boutons, est souvent aggravée par la lumière du soleil. L’érythème post-inflammatoire, c’est-à-dire les marques rouges ou rosées après l’acné, peut aussi paraître plus persistant lorsque la peau est irritée ou exposée de façon répétée.
5. C’est pourquoi un bronzage peut être trompeur. Il peut rendre l’acné moins visible pendant une ou deux semaines, tout en augmentant le risque de marques plus foncées, d’irritation et de dommages cutanés à long terme.
Soleil du matin ou soleil plus intense : lequel fonctionne le mieux ?
Aucune preuve solide ne montre que le soleil du début de matinée, le soleil de midi ou un soleil plus intense soit un traitement efficace contre l’acné.
Si quelqu’un essaie de reproduire en extérieur une thérapie par lumière bleue, un soleil plus intense n’est pas la solution. Un soleil plus fort signifie davantage d’exposition aux UV, plus de chaleur, plus de transpiration et un risque accru de coup de soleil. Il n’apporte pas de manière sélective une longueur d’onde sûre ciblant l’acné.
Le soleil du début de matinée a généralement un indice UV plus faible que le soleil de midi, selon la saison, la latitude, la météo et l’altitude. Cela peut le rendre plus sûr que le soleil aux heures de pointe, mais « plus sûr » ne veut pas dire « traitement prouvé contre l’acné ». Si vous aimez être dehors le matin, c’est très bien pour le bien-être général, mais cela ne doit pas remplacer un traitement de l’acné ni la protection solaire lorsque les niveaux d’UV augmentent.
6. Les organismes de santé publique sont clairs au sujet des UV intenses. La FDA conseille de limiter l’exposition au soleil, surtout entre 10 h et 14 h, lorsque les UV sont souvent les plus forts. L’Organisation mondiale de la Santé recommande une protection solaire lorsque l’indice UV est de 3 ou plus et rappelle qu’il n’existe pas de bronzage sain.
L’écran solaire améliore-t-il ou aggrave-t-il l’acné ?
Pour une peau à tendance acnéique, la formule compte : les écrans solaires légers et non comédogènes sont souvent plus faciles à tolérer que les produits lourds et gras.
L’American Academy of Dermatology conseille aux personnes souffrant d’acné d’utiliser un écran solaire à large spectre, résistant à l’eau, avec un SPF 30 ou plus, et de choisir des produits étiquetés non comédogènes ou « n’obstrue pas les pores ». NICE conseille aussi d’éviter les écrans solaires à base d’huile et comédogènes.
La formule peut faire une vraie différence. Les écrans solaires lourds et gras peuvent être désagréables ou sembler favoriser l’obstruction des pores chez certaines personnes. Des gels légers, des fluides, des formules minérales ou des lotions sans huile peuvent mieux convenir aux peaux à tendance acnéique. Les écrans solaires teintés peuvent aussi aider les personnes sujettes aux marques foncées, car certaines teintes bloquent la lumière visible, qui peut aggraver la pigmentation.
Il existe aussi des données cliniques préliminaires suggérant que l’écran solaire peut soutenir la prise en charge de l’acné. Dans un essai mené chez des adultes malaisiens présentant une acné légère à modérée et utilisant de l’adapalène, l’ajout d’un écran solaire contenant de la licochalcone A et de la L-carnitine a été associé à de meilleurs scores de sévérité de l’acné, à une amélioration de l’hyperpigmentation post-acné et à une meilleure tolérance, avec notamment moins de sécheresse, de brûlures, de picotements et de squames.