1. Pourquoi le sélénium du sol est important
Le sélénium est un oligo-élément dont l’organisme a besoin en petites quantités pour le métabolisme des hormones thyroïdiennes, l’activité des enzymes antioxydantes et le bon fonctionnement du système immunitaire. Il a aussi une marge de sécurité étroite : un apport trop faible peut contribuer à un faible statut en sélénium, tandis qu’un apport trop élevé provenant d’aliments très riches en sélénium ou de compléments peut devenir dangereux.
Le sélénium des aliments trouve son origine dans la géologie. Les plantes absorbent le sélénium du sol, mais la quantité qu’elles prélèvent ne dépend pas seulement de la teneur totale du sol en sélénium. Le pH du sol, la matière organique, les précipitations, la température et la forme chimique du sélénium jouent tous un rôle. C’est pourquoi deux exploitations ayant une teneur totale similaire en sélénium peuvent tout de même produire des cultures avec des teneurs différentes.
Le lien est le plus net dans les cultures vivrières locales. Lorsqu’une population dépend fortement du blé, du maïs, du riz, des haricots ou des légumes cultivés localement, des sols pauvres en sélénium peuvent réduire l’ apport en sélénium. Quand l’alimentation comprend des céréales importées, des produits de la mer, des noix du Brésil ou des aliments d’origine animale issus de systèmes d’alimentation contrôlés, le sol local a moins d’influence.
La chimie du sol influe sur la quantité de sélénium que les cultures peuvent absorber.
Le blé, le riz, le maïs, les légumineuses et les légumes reflètent souvent le plus nettement les variations locales des sols.
Les importations, l’alimentation animale, les produits de la mer et les politiques sur les engrais peuvent modifier la situation locale.
2. Les Amériques : zones riches, zones pauvres et surprises liées aux noix du Brésil
L’Amérique du Nord abrite certains des sols riches en sélénium les plus connus au monde, surtout dans certaines parties des Grandes Plaines des États-Unis et des Prairies canadiennes. La cartographie des États-Unis montre des zones enrichies dans l’est du Montana, l’ouest du Dakota du Nord, une grande partie du Dakota du Sud, le Wyoming, le Colorado et l’Utah, ainsi que d’autres zones à teneur plus élevée sur certaines portions de la plaine côtière du golfe du Mexique et de l’Atlantique, et sur la côte pacifique.
Cela dit, l’Amérique du Nord n’est pas uniformément riche. Des synthèses géochimiques plus anciennes, mais toujours utiles, décrivent des sols plus pauvres en sélénium dans certaines parties du Nord-Ouest pacifique, du nord et de l’est du Canada, du nord-est des États-Unis, du littoral sud-atlantique et de certaines zones à la frontière entre l’Arizona et le Nouveau-Mexique. Ainsi, dire que « les États-Unis et le Canada ont des apports suffisants en sélénium » est souvent vrai à l’échelle de la population, mais cela peut masquer de grandes différences locales.
L’Amérique du Sud est souvent associée au sélénium en raison des noix du Brésil, qui comptent parmi les aliments les plus riches en sélénium. Mais les noix du Brésil sont l’exception classique à toute règle simple. Elles peuvent être extrêmement riches en sélénium ou, au contraire, en contenir étonnamment peu selon les sols sous les arbres. Une étude de terrain menée en Amérique du Sud a montré que le sélénium des noix du Brésil variait d’environ trois ordres de grandeur. Des sols tropicaux fortement altérés peuvent aussi réduire la disponibilité du sélénium pour les plantes, si bien que l’Amérique du Sud ne doit pas être considérée comme une région uniformément riche en sélénium.
3. Europe : généralement pauvre, avec la Finlande comme exception politique
L’Europe est l’une des régions du monde où le sélénium est le plus souvent faible à modéré. Une grande partie de l’Europe du Nord, centrale et de l’Est présente une disponibilité relativement faible du sélénium dans les sols, et l’apport en sélénium y a souvent été plus faible qu’en Amérique du Nord. Le Royaume-Uni connaît aussi un faible apport en sélénium depuis des décennies, en partie lié à l’évolution des sources d’approvisionnement en blé.
La région nordique et balte illustre bien cette tendance. Les sols y sont généralement pauvres en sélénium, et les cultures locales ont tendance à en contenir peu, sauf si le système alimentaire compense. La Norvège, par exemple, a historiquement bénéficié d’importations de blé provenant de régions plus riches en sélénium.
La Finlande est l’exception la plus marquante. Les sols finlandais étaient naturellement pauvres en sélénium disponible, en partie à cause d’une faible teneur en sélénium du sol, d’un pH bas et d’une forte teneur en fer. En 1984, la Finlande a commencé à ajouter du sélénium aux engrais. En l’espace de deux ans, l’apport moyen a à peu près triplé et les taux sanguins de sélénium ont nettement augmenté. Lorsque la dose d’engrais a ensuite été réduite, l’apport et les taux sanguins ont aussi baissé. Cela reste l’un des exemples concrets les plus clairs montrant que modifier le passage du sol à la culture peut changer le statut en sélénium chez l’être humain.
4. Moyen-Orient : sols variables, aliments de base importés et statut contrasté
Le Moyen-Orient présente une situation très contrastée. Les revues suggèrent que le statut en sélénium est souvent insuffisant ou à la limite dans plusieurs pays, mais la situation varie selon les sols locaux, les aliments de base et les importations.
Des échantillons de sols saoudiens et de blé d’Al-Kharj se sont révélés très pauvres en sélénium, à des niveaux comparables à ceux de zones pauvres bien connues ailleurs. Des analyses de sols en Turquie ont également montré de faibles teneurs dans plusieurs régions, ce qui est important, car le pain peut être une source majeure de sélénium lorsque le blé est l’aliment de base. L’Iran présente un profil plus contrasté : certains sols montrent des niveaux faibles à modérés, alors que les données sur les cultures et les apports sont parfois adéquates.
Les pays du Golfe montrent une autre exception importante liée au système alimentaire. Le Qatar, par exemple, a des sols locaux pauvres, mais le riz importé et d’autres aliments peuvent contribuer de façon notable à l’apport en sélénium. Dans les pays qui importent une grande partie de leurs céréales, la carte du sélénium dans l’assiette peut être très différente de celle des sols locaux.
5. Afrique : données fragmentaires, forts contrastes locaux
L’Afrique est moins bien cartographiée que l’Europe ou l’Amérique du Nord, mais les données disponibles pointent vers d’importants environnements alimentaires pauvres en sélénium dans certaines parties de l’Afrique subsaharienne. Des revues ont rapporté des marqueurs sanguins moyens du sélénium indiquant une carence en Éthiopie, en RD Congo, en Côte d’Ivoire, au Malawi, au Nigeria, en Afrique du Sud, en Zambie et au Zimbabwe.
La situation ne se résume pas à « faible partout ». En Tanzanie et en Ouganda, la teneur en sélénium des haricots a été jugée plus favorable dans certains ensembles de données, tandis qu’au Kenya et au Malawi, les haricots étaient plus souvent sous-optimaux. En Éthiopie, la carence en sélénium suit une répartition spatiale, avec un statut plus faible dans certaines régions d’altitude comme des parties de l’Amhara, de l’Oromia, du Benishangul-Gumuz et de Bale, et un statut relativement meilleur près des lacs et dans les zones liées au Rift.
Le Malawi montre comment les sols et les systèmes alimentaires locaux agissent ensemble. Une étude nationale a montré qu’une forte proportion de femmes en âge de procréer avaient de faibles biomarqueurs du sélénium, mais que le risque variait selon le type de sol et était plus faible près du lac Malawi, où la consommation de poisson peut aider. De grandes enquêtes sur les céréales en Éthiopie et au Malawi ont aussi montré que le sélénium des grains varie selon la géographie et qu’il est influencé par le pH du sol, la matière organique, les précipitations, la température et la topographie.
6. Asie : la ceinture pauvre de la Chine, des poches riches et des variations plus larges
L’Asie présente certains des contrastes de sélénium les mieux étudiés au monde. La Chine en est l’exemple le plus clair. On y trouve une célèbre ceinture pauvre en sélénium qui traverse des parties centrales du pays, où de très faibles teneurs du sol en sélénium ont été associées à de faibles apports et à des maladies endémiques comme la maladie de Keshan et la maladie de Kashin-Beck.
La Chine, toutefois, n’est pas uniformément pauvre en sélénium. Les revues nationales montrent que les sols chinois sont très hétérogènes, avec à la fois des zones déficitaires et des zones riches en sélénium. Certaines poches sont assez riches pour susciter des inquiétudes quant à un excès via la chaîne alimentaire, tandis que d’autres restent assez pauvres pour accroître le risque de carence.
Au-delà de la Chine, des zones riches en sélénium, ou sélénifères, ont été décrites dans certaines parties de l’Inde et de la Russie, tandis que de nombreuses autres régions d’Asie restent mal cartographiées. La leçon pratique est la même : les moyennes nationales peuvent être trompeuses. Une culture produite dans une province ou un district peut contenir bien plus de sélénium que la même culture cultivée ailleurs.
7. Australie et Nouvelle-Zélande : Nouvelle-Zélande pauvre, Australie contrastée
La Nouvelle-Zélande est l’une des régions classiquement pauvres en sélénium. Ses sols sont naturellement pauvres en sélénium, et les Néo-Zélandais ont historiquement présenté un statut en sélénium plus faible que de nombreuses autres populations. Les aliments importés et les produits d’origine animale peuvent améliorer les apports, mais le profil de fond des sols reste important.
L’Australie a généralement un meilleur statut en sélénium que la Nouvelle-Zélande, mais la situation n’y est pas uniforme. Des districts pauvres en sélénium ont été décrits dans le sud-ouest de l’Australie-Occidentale, sur la côte sud-est du Queensland, dans le Victoria côtier et central, sur une grande partie de la Tasmanie, et dans certaines parties de la Nouvelle-Galles du Sud et de l’Australie-Méridionale. D’autres régions australiennes peuvent présenter des niveaux de sélénium plus adéquats, voire être relativement riches.
Pour l’Australie et la Nouvelle-Zélande, ce contraste rappelle utilement que l’expression « aliments régionaux » peut correspondre à des expositions au sélénium très différentes selon la géologie locale.
8. Ce que cela signifie pour les choix alimentaires
La plupart des gens n’ont pas besoin de mémoriser un atlas mondial du sélénium des sols. Le point utile à retenir est que les aliments riches en sélénium peuvent beaucoup varier. Le blé, le riz, le maïs, les légumineuses et les légumes ont tendance à refléter le plus clairement les sols locaux. Les noix du Brésil peuvent être extrêmement riches en sélénium, mais leur teneur varie fortement selon leur origine. Les aliments d’origine animale varient souvent moins, même s’ils reflètent encore l’alimentation animale et les systèmes alimentaires régionaux.
C’est aussi pour cela que les décisions concernant les compléments doivent être prises avec prudence. Le sélénium est important, mais plus n’est pas forcément mieux. Si vous voulez une vue d’ensemble du sélénium dans l’alimentation, de la carence et de la sécurité d’emploi, mieux vaut commencer par les bases avant de décider si un complément se justifie. Si vous consommez déjà régulièrement des aliments riches en sélénium, surtout des noix du Brésil, un complément fortement dosé peut être inutile. Si vous vivez dans une région pauvre en sélénium ou consommez surtout des aliments qui en proviennent, l’origine des aliments et la diversité alimentaire peuvent jouer un rôle plus important.